Toutes les nuits, je ne rêve que de ce tout petit trou qui a fini par devenir grand. Je l’ai pourtant vu naître. Il était si minuscule. Il n’était même pas un puits d’où l’on pouvait tirer de l’eau, moins encore un marigot où pouvaient barboter les enfants et les canards. Un petit trou quelconque comme on en trouve partout dans ce pays de trous. Je ne sais même pas si l’on devait le qualifier de véritable trou qui se respecte. Les passants circulaient sur lui comme s’il n’était pas un trou vu qu’il n’était pas menaçant. Il était tellement insignifiant que même une fourmi n’oserait s’y engouffrer pour se cacher. On ne se cache pas dans un trou pareil ! Il était si étroit et si peu profond qu’on ne l’aurait même pas affublé de nom de trou. On ne sait s’il était droit, sinueux, rond, oblongue, horizontal ou vertical. Un trou se devait d’être quand même élégant et insondable. D’ailleurs les autres trous plus imposants se moquaient de lui. Ils le traitaient de petit rigolo, de nigaud. Ils le traitaient de prétentieux. Ils disaient de lui qu’il était semblable à cette petite grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un bœuf. J’aurais pu me débarrasser de ce malfaisant trou. Je comprends maintenant pourquoi le microbe qui tue est celui que l’on a avalé et gentiment hébergé dans le ventre. Ainsi se plaignit Moussa Diarra, naguère prospère homme d’affaires à Bâté, à propos d’un minuscule petit trou qui a causé sa ruine et son expulsion du pays de son rêve. Tout cela, pour dire que petitesse ou grandeur ne dépendent en importance que par rapport à l’usage que l’on en fait ou à la considération qu’on leur accorde.